Le Con d’Irène de Louis Aragon

Le Con d'Irène de Louis Aragon


Le Con d’Irène est un récit poétique et érotique de Louis Aragon qui a nié jusqu’à sa mort l’avoir écrit. Publié clandestinement en 1928, il s’agit d’une éloge poétique et surréaliste au sexe féminin.
92 pages aux éditions Mercure de France

Résumé de Le Con d’Irène de Louis Aragon

« Jeune bourgeois, ouvrier laborieux, et toi, haut fonctionnaire de cette République, je vous permets de jeter un regard sur le con d’Irène, ô délicat con d’Irène ! » Quand, à la fin des années vingt, est publié anonymement ce petit ouvrage, les foudres de la censure se déchaînent. La société française n’est pas encore prête à reconnaître comme littérature une ode passionnée au sexe de la femme, « ce lieu de délice et d’ombre, ce patio d’ardeur, dans ses limites nacrées, la belle image du pessimisme. Ô fente, fente humide et douce, cher abîme vertigineux ». Qui se cache derrière ces pages sulfureuses, jouant de la critique bourgeoise et de la création surréaliste échevelée ? C’est, on l’apprend après quelques années et quelques procès évités, un jeune homme en guerre contre la morale et la bourgeoisie qui se fait appeler Aragon. Aujourd’hui que nous sommes revenus de la provocation, que reste-t-il du Con d’Irène ? Un mystère tout aussi grand et profond, c’est-à-dire une vraie réflexion et une religieuse fascination pour l’antre de la femme. « Si petit et si grand ! C’est ici que tu es à ton aise, homme en fin digne de ton nom. » –Denis Gombert

Extraits de Le Con d’Irène de Louis Aragon

Découvrez la prose érotique de Louis Aragon dans ses passages :

Les mots ne lui font pas plus peur que les hommes, et comme eux ils lui font parfois plaisir. Elle ne s’en prive pas au milieu de la volupté. Ils sortent d’elle alors sans effort, dans leur violence. Ah, l’ordure qu’elle peut être. Elle s’échauffe, et son amant avec elle, d’un vocabulaire brûlant et ignoble. Elle se roule dans les mots comme dans une sueur. Elle rue, elle délire. Ça ne fait rien, c’est quelque chose, l’amour d’Irène.

Poissons poissons c’est moi, je vous appelle : jolies mains agiles dans l’eau. Poissons vous ressemblez à la mythologie. Vos amours sont parfaites et vos ardeurs inexplicables. Vous ne vous approchez pas de vos femelles et vous voici l’enthousiasme à l’idée seule de la semence qui vous suit comme un fil, à l’idée du dépôt mystérieux que fit dans l’ombre des eaux luisantes une sourde exaltation muette, anonyme. Poissons vous n’échangez pas de lettres d’amour, vous trouvez vos désirs dans votre propre élégance. Souples masturbateur des deux sexes, poissons, je m’incline devant le vertige de vos sens. Plût au ciel, plût à la terre que j’eusse le pouvoir de sortir ainsi de moi-même. Que de crimes évités, que de drames repliés dans le trou du souffleur. Vos transports transparents, mort du Christ ah que je les envie. Chères divinités des profondeurs, je m’étire et je me démène si je pense un instant à l’instant de votre esprit où se forme la belle plante marine de la volupté don les branches se ramifient dans vos êtres subtils, tandis que l’eau vibre autour de vos solitudes et fait entendre un chant de rides vers les rives. Poissons poissons, promptes images du plaisir, purs symboles des pollutions involontaires, je vous aime et je vous invoque, poissons pareils aux montgolfières. Jetez au creux de vos sillages un lest passionnel, signe de votre grandeur intellectuelle.
Poissons poissons poissons poissons.
Mais l’homme aussi fait parfois l’amour.