Tropique du Cancer de Henry Miller

Tropique du Cancer de Henry Miller


Dans ce récit autobiographique, Henry Miller mêle tous les genres dont l’érotisme. Le narrateur souhaite devenir écrivain du vice. Publié plus de 30 ans après son écriture aux Etats-Unis, il sera jugé pour livre obscène.
448 pages aux éditions Gallimard

Résumé de Tropique du Cancer de Henry Miller

C’est maintenant l’automne de ma seconde année à Paris. On m’y a envoyé pour une raison dont je n’ai jamais pu sonder la profondeur.Je n’ai pas d’argent, pas de ressources, pas d’espérances. Je suis le plus heureux des hommes au monde. Il y a un an, il y a six mois, je pensais que j’étais un artiste. Je n’y pense plus, je suis ! Tout ce qui était littérature s’est détaché de moi. Plus de livres à écrire, Dieu merci ! Et celui-ci, alors ? Ce n’est pas un livre. C’est un libelle, c’est de la diffamation, de la calomnie. Ce n’est pas un livre au sens ordinaire du mot. Non ! C’est une insulte démesurée, un crachat à la face de l’Art, un coup de pied dans le cul à Dieu, à l’Homme, au Destin, au Temps, à la Beauté, à l’Amour !… à ce que vous voudrez.

Extraits de Tropique du Cancer de Henry Miller

Découvrez quelques extraits de Tropique du Cancer de Henry Miller :

Côte à côte avec la race humaine, coule une autre race d’individus, les inhumains, la race des artistes qui, aiguillonnés par des impulsions inconnues, prennent la masse amorphe de l’humanité et, par la fièvre et le ferment qu’ils lui infusent, changent cette pâte détrempée en pain et le pain en vin et le vin en chansons. De ce compost mort et de ces scories inertes ils font lever un chant qui contamine. Je vois cette autre race d’individus mettre l’univers à sac, tourner tout sens dessus dessous, leurs pieds toujours pataugeant dans le sang et les larmes, leurs mains toujours vides, toujours essayant de saisir, d’agripper l’au-delà, le dieu hors d’atteinte : massacrant tout à leur portée afin de calmer le monstre qui ronge leurs parties vitales. Je vois que lorsqu’ils s’arrachent les cheveux de l’effort de comprendre, de saisir l’à-jamais inaccessible, je vois que lorsqu’ils mugissent comme des bêtes affolées et qu’ils éventrent de leurs griffes et de leurs cornes, je vois que c’est bien ainsi, et qu’il n’y a pas d’autre voie. Un homme qui appartient à cette race doit se dresser sur les sommets, le charabia à la bouche, et se déchirer les entrailles. C’est bien et c’es juste, parce qu’il le faut! Et tout ce qui reste en dehors de ce spectacle effrayant, tout ce qui est moins terrifiant, moins épouvantable, moins fou, moins délirant, moins contaminant, n’est pas de l’art. Tout le reste est contrefaçon. Le reste est humain. Le reste appartient à la vie et à l’absence de vie.

L’homme qui porte la dive bouteille à ses lèvres, le criminel qui s’agenouille sur la place du marché, l’innocent qui découvre que tous les cadavres sans exception puent, le fou qui danse le tonnerre entre les mains, le moine qui soulève les pans de son froc pour pissoter sur le monde, le fanatique qui met les bibliothèques à sac afin de trouver le Verbe — tous sont fondus en moi, tous produisent ma confusion, mon extase. Si je suis inhumain, c’est parce que mon univers à débordé par dessus ses frontières humaines, parce que n’être qu’humain me parait une si pauvre, une si piètre, une si misérable affaire, limitée par les sens, restreinte par les systèmes moraux et les codes, définie par les platitudes et les « ismes ». Je verse le jus de la grappe au fond de mon gosier et j’y trouve la sagesse, mais ma sagesse n’est pas née de la grappe, mon ivresse ne doit rien au vin…