La villa du jouir de Bertrand Leclair

La villa du jouir de Bertrand Leclair


Dans La villa du jouir, les rôles traditionnels s’inversent : ici, un homme Marc deviendra esclave sexuel d’une femme, après avoir rencontré la rabatteuse Hannah qui lui propose de rejoindre la Vila du jouir, villa perdue sur une île de Grèce où il sera le jouet d’une princesse nigériane… Ici, c’est la femme qui domine un harem de quatre hommes.
262 pages aux éditions Serge Safran

Résumé de La villa du jouir de Bertrand Leclair

À Berlin, Marc rencontre une de ses lectrices, Hannah, jeune femme d’une trentaine d’années. Une liaison naît entre eux, d’un érotisme envoûtant. Mais il doit bientôt admettre qu’il a été manipulé : en mission, Hannah l’a séduit pour le compte d’une «princesse» mariée à un richissime oligarque russe.
La curiosité et le désir l’entraînent pourtant à suivre Hannah sur une île grecque dont il ignore jusqu’au nom. La princesse y dirige la Villa du Jouir, sorte de phalanstère moderne – ou de bordel de luxe ? – au coeur d’enjeux politiques et économiques internationaux. Les hommes invités y sont initiés au renversement des stéréotypes sexuels dominants, afin de partager une autre dimension du plaisir.
Chacun reste libre de rompre le pacte. Marc est prévenu, cependant : partir, ce serait renoncer à retrouver l’île, quitte à se consumer de nostalgie…
Un grand texte érotique, dans la lignée de l’Anglais décrit dans le château fermé, du Roi des fées, du Château de Cène…

Extraits de La villa du jouir de Bertrand Leclair

Découvrez quelques extraits de l’ouvrage érotique de Bertrand Leclair, La villa du jouir :

J’erre sur l’internet. De sites d’information en sites spécialisés, je scrute les visages comme un désaxé chercherait le fantôme d’un être aimé dans la foule, un jour de carnaval. Je cherche Hannah, je cherche la princesse, je cherche Hestia. Comment admettre que les yeux de l’une ou de l’autre pourraient ne jamais surgir au détour d’une photo de rue, d’une actualité, d’une vidéo d’amateur pour me mettre aussitôt à genoux ? Un indice, il suffirait d’un indice pour remonter la piste, les retrouver…
Quand le désespoir me submerge, je me noie dans la lumière bleutée de Google Earth. Je visionne des paysages, je glisse d’une petite île grecque à une autre minuscule, je fonds d’un clic prolongé sur les côtes escarpées dans l’espoir de rencontrer enfin l’image qui correspondrait à mon souvenir, la forme d’un rocher, l’ombre d’une grande villa dominant la Méditerranée, la crique que je rejoignais en dévalant les champs d’oliviers et d’arbres fruitiers, dans la puissante odeur des orangers en fleurs…
Mais était-ce vraiment une île où j’ai vécu au secret six semaines durant ? Était-ce vraiment en Grèce ? Ou bien en Turquie, en Crète – et pourquoi pas à Chypre ?
Je ne sors plus, sinon pour m’approvisionner. Le téléphone me nargue de son inertie. Mon éditeur a renoncé à me tanner, j’ai épuisé son crédit, et n’ai toujours pas commencé d’écrire le roman qui confirmerait le succès des deux premiers. Seuls les plus obstinés de mes amis tentent encore de m’appeler. J’entends qu’ils formulent entre eux des hypothèses qui me feraient rire, si la mélancolie n’épuisait l’énergie même d’un sourire. Comment leur expliquerais-je mon silence, quand cette mélancolie n’est que la trace apparente du mauvais sortilège qui me tient dans sa main ? J’ai connu l’enchantement, et je l’ai volontairement dédaigné. Seul coupable, je n’en finis plus de faire le deuil de l’amour, condamné à errer dans la lumière spectrale de l’internet, la nuit, zombie parmi les zombies.
Je suis retourné à Berlin, à Athènes, je suis retourné au Pirée. En vain. Six fois depuis deux ans, je suis allé m’y perdre, à Athènes, que je ne reconnais plus. La ville me griffe, âpre et blessante comme un coquillage desséché sous la langue de l’affamé. Athènes n’est plus dans Athènes. Les avenues où je marche en jetant des regards anxieux dans les taxis occupés sont celles d’une ville qui ne ressemble plus à rien, sale et bruyante, étouffante, une ville qui s’enfonce dans la misère, où des cohortes d’êtres hagards sortent sans cesse plus nombreux d’entre les murs, une main ouverte en murmurant j’ai faim.
Partout je me cogne aux pierres et aux gens, boule de billard sans cesse renvoyée d’une bande à une autre sur la table. Je marche, je passe et repasse devant le restaurant où j’ai dîné pour la première fois avec la princesse. Je surveille les entrées, les sorties, je scrute les tables visibles depuis la rue, je n’ose plus franchir la porte à tambour, me risquer à nouveau aux regards méprisants du patron et de ses garçons… Vous dites, une princesse russe à l’accent italien dont vous ignorez le nom ? Si vous aviez une photographie, encore… Mais je n’ai pas de photographie à opposer aux sourires ironiques qu’ils échangent. Pas de nom. Pas d’adresse.

Il m’arrive, le soir, dans ma maison, de me caresser en pensant aux hommes qui tournent en rond, en dessous, qui tournent fauve, qui entendent mes talons sur le carrelage, imaginent mes jambes, les remontent en pensée, qui se branlent sauvagement, les yeux fermés sur leur propre cinéma dont je suis la reine…